Avant d’entrer dans les images, arrêtons-nous sur cette carte, et sur ce trait, qui signe la division de bout en bout d’un petit pays entre deux entités (pour ne s’en tenir qu’à celles-ci) dont le conflit, depuis plusieurs décennies, fait le cœur de l’actualité.
Ce trait marque la frontière linguistique belge, distinguant deux espaces selon un principe national : un territoire, une langue, une histoire, une culture – l’un germanique, l’autre latin. Comme si de différenciation en différenciation, d’une nationalité à une autre, le découpage de la Belgique était l’apothéose du principe national. Paradoxe conséquent, c’est en son cœur que se trouve la capitale de l’Europe, enserrée dans un carcan institutionnel alors même que ce statut propulse Bruxelles vers des enjeux post-nationaux.
La frontière renvoie à une situation qui sépare en même temps qu’elle lie différents espaces. Si le découpage institutionnel nourrit la distanciation sociale, culturelle, politique, médiatique entre les deux communautés qui vivent d’un côté et de l’autre, ces images tendent pourtant à montrer une condition commune et partagée, jusqu’à rendre intangible, imperceptible cette ligne de démarcation.
Et finalement de ces images émane plutôt l’impression que toute une série de mythes, de symboles et de récits forment encore un bagage imaginaire commun, ancré dans un passé désuet et résistant à son altération, à ceux qui vivent et habitent ce territoire, ou à ceux qui participent à ces différents événements. Tandis que la notion de frontière revient sur le devant de la scène dans tout son aspect contradictoire dans le contexte de la globalisation, qui voit se multiplier murs et autres dispositifs de fermeture sécuritaire, cet espace ne semble être marqué d’aucune trace ou d’indice ni de notre contemporanéité globalisée, ni des élans de clôture qui caractérisent notre humanité. Il apparaît comme figé dans un espace-temps qui se tient à égale distance des dynamiques qui travaillent le pays en son dedans comme dans ses rapports au dehors – inversant par là-même la notion de frontière, supposée être le lieu de leur rencontre et de leur confrontation.